G20/G8 : une présidence française réaliste et ambitieuse
La France assume officiellement pour un an, à la fois la présidence du G20 et celle du G8 avec un objectif clair : transformer le G20 en une instance de gestion de crise, capable de concevoir et d’approuver des réformes structurelles en vue de mettre fin aux déséquilibres mondiaux et renforcer la régulation de la globalisation. Cette globalisation a entraîné une dynamique très forte et une augmentation du niveau de vie de millions de personnes.
Le G20, pour quoi faire ?
Créée en 1999, au niveau des ministres des finances, pour faire face aux crises financières des années 90 (comme celle en Asie du Sud Est ou en Russie), le G20 est une instance de coopération et de coordination économique internationale qui réunit les pays industrialisés (G8) et les principaux pays émergents, totalisant 85 % de la richesse mondiale et les 2/3 de la population mondiale.
Jusqu’en 2008, les sommets du G20 réunissaient des spécialistes qui cherchaient à mettre en place un dialogue en faveur de la stabilité financière et en vue de prévoir les crises mondiales. Il leurs manquait l’impulsion politique nécessaire. Le G20 a finalement acquis une nouvelle dimension en 2008, lors du Sommet de Washington.
En novembre 2008, à l’initiative du Président de la République française, le G20 s’est réuni, pour la première fois au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, pour répondre de manière concertée et coordonnée à la plus grave crise économique que le monde ait connu depuis 1930.
Les principales caractéristiques du G20 par rapport au G8, sont qu’il inclut toutes les puissances émergentes et dans la pratique associe les organisations multilatérales et régionales. Ce n’est pas un club de privilégiés qui cherche à protéger ses propres intérêts. Au contraire, il s’agit d’une enceinte particulièrement ouverte qui rassemble les pays dont les perspectives et les intérêts ne sont pas forcément convergents et qui parviennent à trouver un terrain d’entente. Par exemple, à l’occasion du sommet de Séoul, en novembre dernier, il a été décidé de transférer 6 % des droits de vote des pays les mieux dotés au FMI (en particulier européens), vers les pays émergents.
Les initiatives portées par le G20 ne se limitent pas aux questions financières, économiques ou de politiques internationales. La santé, le développement durable, la sécurité, les enjeux sociaux sont des sujets traités lors de ce forum mondial.
Le forum identifie les problèmes et favorise les solutions. Les actions qui en découlent sont mises en œuvre par les organisations internationales compétentes : FMI, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce, Forum de stabilité financière, organisation spécialisées des Nations Unies…
Aujourd’hui les trois piliers de la gouvernance mondiale (que la globalisation rend nécessaire) sont : la légitimité universelle (que les Nations Unis continuent de garantir), la compétence technique (que les organisations multilatérales possèdent) et la capacité de donner un élan et de décider (ceci est la plus value du G20). Il convient de souligner que pour assurer la cohérence des trois piliers, le Secrétaire général des Nations Unis et les directeurs des principales organisations techniques participent également aux réunions du G20.
Un bilan positif pour contenir les effets de la crise financière :
Lors des cinq sommets qui ont suivi Washington en 2008, le G20 a obtenu des succès notables : le sauvetage du système financier mondial qui était au bord de la catastrophe à cause de la faillite de Lehman Brothers ; la résistance à l’actuel vague de protectionnisme, avec le retour du “chacun pour soi” qui avait prévalu dans les années 30. Le monde est sorti de la crise plus rapidement que prévu, grâce aux efforts décisifs et sans précédent des institutions financières internationales.
Le sommet du G20 de Séoul en novembre dernier a obtenu un succès de taille qui pourtant n’a pas fait la une des médias : il s’agit de la plus importante réforme du Fonds monétaire international (FMI) depuis sa création, en particulier en rééquilibrant les pouvoirs de vote en faveur des pays émergents. Autre succès du sommet, la lutte contre les paradis fiscaux –environ 500 conventions internationales pour imposer la transparence ont été signées par les pays les moins avancés dans ce domaine.
Malgré ce bilan positif le G20 a un gros travail devant lui : Aujourd’hui, ce mouvement ne doit pas perdre son élan. Pour maintenir sa légitimité, le G20 ne pourra pas se contenter d’appliquer les décisions prises lors des rencontres précédentes, mais devra s’attaquer à d’autres tâches en vue d’assurer la stabilité et la prospérité du monde.
La France souhaite s’inscrire dans cette logique en présentant à ses partenaires un agenda ambitieux pour sa présidence :
Quelles sont les priorités françaises du G20 ?
Dans cet esprit, le Président de la République française a présenté, le 24 janvier 2011, les 6 priorités de la présidence française :
1. Réformer le système monétaire international : La présidence française souhaite donner des réponses collectives à la volatilité des monnaies (par exemple les variations entre le dollar et l’euro ont atteint 80 % ces dernières années.) et aux menaces de retrait brutal des capitaux des pays émergents. Nous voulons pour cela garantir une meilleure coordination des politiques économiques afin de réduire les déséquilibres mondiaux et renforcer le rôle du FMI dans son rôle de surveillance de tels déséquilibres ; s’entendre sur des règles multilatérales communes en termes de contrôle des flux de capitaux et donner au FMI un vrai pouvoir de surveillance dans ce domaine ; renforcer les instruments du FMI pour appuyer les pays confrontés à des crises de liquidités ; et accompagner l’internationalisation des monnaies des grands pays émergents, comme le Yuan chinois (dont le niveau et le statut international doit refléter la croissance formidable et le poids économique de la Chine), en pensant à sa possible intégration dans les droits de tirages spéciaux. En matière monétaire, le pouvoir implique des responsabilités. Et le poids relatif des monnaies, en termes de transactions et de réserve, doit s’adapter aux évolutions du poids relatifs des économies.
2 - Renforcer la régulation financière : Il sera impératif pour la France de veiller à la mise en œuvre effective des règles décidées par le G20 pour renforcer durablement le contrôle du secteur financier. La présidence française s’emploiera également à renforcer l’action du G20 dans les domaines où les règles restent insuffisantes, par exemple en matière de régulation du « secteur bancaire fantôme » (activité bancaire parallèle non régulée à ce jour) et d’intégrité et de transparence des marchés financiers. Comme la crise 2008 l’a prouvé, l’absence ou l’insuffisance de régulation a favorisé des comportements irresponsables, qui ont quasiment englouti toute l’économie mondiale. Il faut plus que jamais des règles et du contrôle de leurs applications.
3 - Lutter contre la volatilité des prix des matières premières : Le G20 s’est pour la première fois penché sur la question de la fluctuation excessive des prix des matières premières lors du Sommet de Pittsburgh en septembre 2009 mais peu de mesures concrètes ont été prises à ce jour. La France souhaite trouver des solutions collectives pour réduire la volatilité excessive des prix des matières premières, notamment agricoles, qui pèse sur la croissance mondiale et menace la sécurité alimentaire des populations. Quand on observe la montée rapide des prix des matières agricoles, la diminution des stocks et les conséquences sociales qui en résultent (il suffit de se référer aux émeutes de la faim qui ont éclaté en divers pays, on comprend l’importance et l’urgence de donner plus de transparence et d’anticipation au système de commerce des produits agro-alimentaires et à leur financement). Aujourd’hui, en revanche, on se trouve dans un système où la spéculation alimente la pénurie et la pénurie alimente la spéculation. Il convient réguler et de responsabiliser les mécanismes du marché, non pas s’y substituer, mais au final on ne peut pas gagner beaucoup d’argent sans certaines contreparties. Les pays producteurs comme les pays consommateurs bénéficieront de cette régulation dans un monde dont les besoins alimentaires vont augmenter de 70 % dans les trente années qui viennent.
4. Soutenir l’emploi et renforcer la dimension sociale de la globalisation : La présidence française a quatre objectifs prioritaires dans ce domaine : l’emploi spécialement celui des jeunes et des plus vulnérables ; la consolidation d’une base commune de protection sociale au niveau international, défendant des principes communs (cette base existe déjà : il s’agit des 8 normes fondamentales de l’Organisation internationale du travail, mais elles n’ont pas été toutes ratifiées et mise en œuvre par l’ensemble des membres du G20) ; le respect des droits sociaux et du travail ; une meilleure cohérence au niveau des stratégies des organisations internationales. L’objectif n’est pas de tenter d’imposer les mêmes niveaux de protection sociale à tous les pays indépendamment de leurs stades respectifs de développement. Mais il n’est pas possible ni acceptable d’avoir un commerce international qui est déjà très libre sans un minimum de règles qui protègent les travailleurs.
5. Lutter contre la corruption : il s’agit de mettre en œuvre le plan anti-corruption approuvé par le G20 à Séoul, afin de rendre plus transparent le monde des affaires, lutter contre l’évasion fiscale et renforcer l’État de droit.
6. Œuvrer en faveur du développement : pour la présidence française, l’Afrique sera une priorité. Ceci n’est pas un sujet théorique : nous avons besoin de 100 milliards de dollars pour l’Afrique en particulier pour lui fournir l’accès à l’énergie et aux infrastructures dont elle a besoin. Dans le cas contraire, l’Europe va se voir confronter à d’énormes vagues migratoires. Nous aurons une attention particulière sur la sécurité alimentaire et le développement des infrastructures, avec l’objectif de lister des projets concrets à réaliser. La France a l’intention de promouvoir aussi un débat sur les financements innovants, irremplaçables pour respecter les engagements assumés par la communauté internationale dans le domaine du développement et de la lutte contre le réchauffement global. Une des options que nous défendons et la possibilité de créer une taxe -infime- sur les transactions financières. Cette option a le grand avantage de cibler plus les transactions spéculatives que les transactions liées à l’échange de biens, car les premières sont les seules qui se multiplient (acheter, vendre, acheter à nouveau, revendre, etc.) pour créer un gain financier qui ne correspond pas à une création de richesse dans l’économie réelle.
La présidence française souhaite mener sa tâche en pleine association avec ses partenaires notamment européens, membres ou non du G20, en privilégiant l’écoute et la concertation à un niveau jamais atteint jusque là. Elle aborde ces chantiers avec ambition et réalisme. Nous sommes conscients que des projets d’une telle envergure ne pourront aboutir en à peine un an, mais nous sommes déterminés à ce que la présidence française soit utile, permette d’identifier des axes de réformes concrets et que celles-ci progressent le plus possible dans leur mise en œuvre, à partir du sommet de Cannes, en novembre prochain.
Le G8 et le G20 sont deux forums complémentaires. La France va proposer la tenue d’un G8 rénové consacré à des thèmes stratégiques :
Des nouveaux défis communs comme Internet ou la croissance verte : pour la première fois, des questions en relations avec Internet seront abordées par les chefs d’Etats et de Gouvernement. La veille du sommet de Deauville, la France organisera un Forum avec les principales institutions en charge de l’économie digitale du G8.
Paix et sécurité international : au delà des questions politiques (Iran, Afrique du Nord et Moyen Orient, Afghanistan, Pakistan, Non prolifération, etc...) la présidence française aura une attention particulière à la consolidation de la coopération internationale pour faire face aux nouvelles routes du narcotrafic entre les pays d’Amérique latine, d’Afrique occidentale et d’Europe, aussi bien qu’à la lutte contre le terrorisme, principalement dans la région du Sahel, qui représente une menace non seulement pour les occidentaux (certains d’entre eux ont été déjà enlevés ou assassinés ), mais aussi pour la souveraineté, la sécurité et le développement des pays de la zone.
Partenariat avec l’Afrique : la Présidence française rénovera et consolidera le partenariat autour du concept de “ responsabilité partagée”. Le G8 fera une analyse des engagements pris dans le domaine du développement, dans le domaine de la santé et de la sécurité alimentaire. L’Afrique fera de son côté un bilan de ses réalisations et des entraves à son développement. Le pari sera fait d’améliorer l’efficacité de l’aide.
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Ce qui est en jeu aujourd’hui est très simple : avec la globalisation, nous avons un marché mondial, mais il n’existe encore ni régulation, ni gouvernance mondiale. Pourtant, la dimension et les conséquences des défis que nous avons à relever (sécurité alimentaire, question énergétique et altération climatique, instabilité financière et monétaire, développement durable, croissance démographique et migrations) exigent que nous corrigions ce déséquilibre et que nous donnions la preuve d’un sens aigu de nos responsabilités. Le G20 est du fait de l’état actuel de la distribution de la richesse dans le monde, l’instance qui associe représentativité et efficacité dans le but d’une plus grande convergence possible et pour donner des orientations nécessaires liées à la globalisation de l’économie (mais qui n’a pas de légitimité pour traiter des questions internationales de sécurité et de défense). Nous espérons que la présidence française de 2011, permette, avec la coopération de tous, de progresser dans ce sens.
voir G20-G8 FRANCE 2011
